Ces petits délices quotidiens

Je me suis rendue compte que je ne parlais pas assez souvent de nourriture sur ce blog. Pourtant, la nourriture fait intégralement partie de ma vie (dans le sens : occupe une place centrale), et surtout de ma vie pékinoise. La Chine a pour avantage d’offrir une variété de délices dont je ne me lasse pas. Goûts, couleurs, saveurs : une vie entière ne suffit pas pour découvrir toute la palette gustative de ce pays. L’avantage suprême en termes de nourriture en Chine est également le rapport qualité prix des restaurants. Il est facile de ne pas se ruiner en allant très souvent au restaurant (le prix augmente néanmoins dès qu’il s’agit de nourriture occidentale, mais reste très abordable).

J’inaugure cette rubrique pour vous parler des raviolis chinois (jiaozi : 饺子).

IMG_1380

Raviolis de rue, à emporter

Les raviolis peuvent être fourrés avec de nombreuses farces différentes. Au coin des rues on les trouve souvent fourrés à la viande et aux légumes, ou seulement aux légumes (notamment au chou ou à la ciboule). C’est un plat très simple, souvent peu cher. Pour la petite histoire, les raviolis ont été inventés dans le nord-est de la Chine, où certaines familles ne pouvaient se permettre d’acheter beaucoup de viande lorsqu’elles recevaient des invités. Pour le cacher, celles-ci cuisinèrent des raviolis pour que les convives ne puissent remarquer la quantité minime de viande. Le raviolis se mange traditionnellement après avoir été trempé dans une sauce, mélange de vinaigre (醋)et de piment chinois (辣椒). C’est à vous de concocter votre sauce et de doser idéalement. Personnellement, je mets souvent beaucoup d’épices dedans.

J’aime manger des raviolis dans les petits restaurants de rue. Ceux-ci sont souvent cuits à la vapeur dans des petits paniers. Selon la variété proposée et le restaurant, de nombreuses farces différentes existent. La technique de cuisson est également diverse : bouillis à l’eau, bouillis dans de l’huile, frits, cuits et proposés en soupe.

10494595_10204492200325750_6427228123879803362_n

Hangzhou Xiaochi (杭州小吃): un petit « restaurant » près de mon ancien appartement. (Crédit photo : Margaux, avec qui j’ai mangé beaucoup de raviolis et bu beaucoup de Tsingtao dans ce petit coin de Pékin.

Cependant, j’ai également découvert des raviolis plus élaborés. En l’occurrence, dans le sous-sol du centre commercial situé près de l’ambassade de France se trouve une espèce de cantine. Elle propose différents stands, dont un dédié aux raviolis. Les raviolis ne sont pas encore prêts : il y a différents bols remplis de garniture, et il vous suffit alors de choisir celle que vous désirez pour que les cuisiniers procèdent au roulage. J’aime beaucoup ce stand, qui propose des choix plus variés que les simples raviolis du coin de la rue. Plus particulièrement, ils s’accordent très bien à mon végétarisme puisque certaines farces sont sans viande. Je ne me suis jamais lassée de ces deux choix : carottes-omelette et aneth-omelette. C’est absolument délicieux.

 IMG_2417 IMG_2419La préparation sur place

IMG_2420Les raviolis prêts à être dégustés (avec leur petite sauce vinaigre-piment sur le côté).

Plus récemment, j’ai découvert un restaurant qui propose également des farces variées, et vous propose l’option de vous amener les raviolis colorés. Ce restaurant était sur ma liste des endroits à faire avant de quitter la Chine, et je ne me suis pas faite prier. J’ai donc été déjeuner ces délicieux arc-en-ciel hier midi avec ma collègue Laure (ma collègue). Parmi les choix proposés : mélange de légumes verts, crevettes et concombre, champignons et grains de moutarde, noix et légumes. Je me suis régalée.

IMG_2435

 Mettons des couleurs à la table.

Les jiaozi, c’est un trait important de la culture culinaire chinoise, décliné dans de nombreuses saveurs, que ce soit dans les restaurants les plus populaires ou les plus raffinés. Et qu’importe l’endroit où vous en mangez, c’est souvent un délice. Bon appétit !

Chinoisement vous.

Publicités

Pékin et mon vélo : une grande histoire d’amour

Après avoir passé mes trois premiers mois ici sans vélo, j’ai finalement décidé de réinvestir dans un bolide à la fin du mois d’août à l’occasion de mon déménagement. Je m’en étais passé ces premiers mois, tout d’abord en raison de la chaleur beaucoup trop accablante mais également parce que je pensais que le chemin pour aller au travail serait peut-être trop difficile. Surtout, mon ancien appartement était situé tout près des arrêts de bus et je ne ressentais pas spécialement la nécessité d’en acheter un.

Puis mon déménagement est arrivé. Celui-ci tombait pile à la fin du mois d’août, au moment où je savais que les températures s’apprêtaient à redescendre à un niveau à peu près acceptable. Mon nouvel appartement est situé dans une résidence qui occupe un lieu central dans la ville. Il est dans un quartier bien desservi, mais étonnement prendre le bus allait rallonger mon temps de transport. Puis j’avais envie de refaire du vélo de nouveau, de sentir la ville sous mes pneus crissant. Je me suis donc rendue chez le marchand de vélo, et lui ai demandé un vélo d’occasion. Je n’avais en effet pas envie d’investir dans un bolide flambant neuf, considérant qu’il ne me restait qu’un peu plus de deux mois ici. Le seul vélo de seconde main qu’il avait était un vélo riquiqui et tout rose. Je l’ai essayé, et comme le dit le proverbe « L’essayer, c’est l’adopter ! ».

Je l’ai surnommé Mini-Barbie.

Il est rose, il est petit : c’est une mini-Barbie (en vrai mon amie Marguerite avait auparavant prénommé son vélo – de taille normale et rose- « Barbie », je me suis donc quelque peu inspirée de son idée).

Ma minie Barbie !

Ah, le bougre. Ce vélo mignon m’en aura causé des soucis. (Mais il était tellement peu cher… !)Dès son premier trajet vers l’ambassade, un pneu a crevé. Oups ! Heureusement, il y avait un réparateur non loin de ‘endroit de l’accident. Puis des nombreux déraillements sont survenus. Bon, comme je ne savais pas remettre la chaine en place (à l’époque, maintenant je sais !), cela m’a permis d’accoster des passants dans la rue pour leur demander leur aide généreuse. Un jour, la chaîne s’est même bloquée complètement dans le mécanisme : impossible de la remettre en place à mains nues ! Le guidon par ailleurs n’est pas bien centré et me semble instable (j’ai l’impression qu’il peut se séparer du vélo à tout moment). Mais mon vélo je l’aime quand même très fort.

image(1) copieMini-Barbie en pleine réparation

Avec lui le soir, je double toutes les voitures piégées dans les embouteillages interminables de Pékin. J’emprunte des raccourcis qui me font découvrir des ruelles toutes calmes -écartées des grandes artères- dans lesquelles règne une atmosphère paisible. Avec lui je n’ai plus besoin de m’énerver en attendant un bus qui ne vient pas. Je suis indépendante. Je sors de chez moi : j’enfourche Mini-Barbie. Je sors du travail : j’enfourche Mini-Barbie. C’est plutôt simple. Et puis tout cumulé ça me fait bien 40 minutes minimum de vélo par jour : quel athlétisme ! Enfin, les distances sont sacrément diminuées lorsque vous prenez le vélo plutôt que parcourir la distance à la marche. Autant de bonnes raisons de l’avoir acheté.

Et puis parcourir une ville à vélo, c’est toujours très agréable. Se mouvoir sans un effort très poussé, la sensation de glisser tout en pouvant contempler la ville. J’aime rentrer le soir, avec les températures qui sont redescendues et la nuit qui est tombée, (sentir toute cette belle pollution qui s’insère dans ses poumons) sentir l’air frais en pédalant, contempler tous les arbres qui prennent une allure orangée avec l’automne.

image(1)photo(2) copieLes jolies vues automnales, sur mon vélo

Je regrette néanmoins que les voitures empiètent de plus en plus dans l’espace destiné aux vélos à Pékin. La semaine dernière, de nombreuses voitures tentaient de dépasser les bouchons en empruntant la file réservée aux deux-roues. Elles étaient hélas bien trop nombreuses pour que leur stratégie s’avère efficace. Puis ce n’était pas vraiment pratique pour nous.

Il m’arrive également de me faire des frayeurs, surtout au carrefour de Dongzhimen (东直门), que j’emprunte tous les jours. Parfois les voitures déboulent sans ralentir, certains ne vous laissent pas la priorité. Et puis cette manie qu’ont les chinois de klaxonner à tout va me prend parfois un peu les nerfs… Il est vrai que depuis que j’utilise mon vélo, j’insulte beaucoup de gens dans ma tête. Mais j’essaye de garder en tête l’apport positif : c’est une immersion dans la manière de conduire pékinoise, et ça développe mes réflexes.

Mais en dehors de ça, j’aime vraiment cette culture du vélo à Pékin. Cette facilité pour se procurer un vélo bon marché, mais aussi la présence de petits réparateurs à de nombreux coins de rues qui peuvent vous régler votre problème en cinq minutes chrono. Le fait que ce ne soit pas étonnant d’avoir au moins 100 vélos devant mon entrée d’immeuble, ou de le remonter à son étage pour ne pas se le faire voler. J’aime également le fait que beaucoup de personnes lambda sachent réparer les petits dérèglements des vélos : hier, arrêtée pour remettre la chaîne de mon vélo, un vieil homme s’est arrêté naturellement en me disant « je vais t’aider », puis un troisième pour porter le vélo. J’ai trouvé ça vraiment gentil et cordial. Mon vélo me montre aussi tous ces aspects positifs.

Accessoires véloPetit stand de rue d’accessoires pour vélo

Vous l’avez compris, ceci était une déclaration d’amour à mon vélo.

Je t’aime Mini-Barbie ! (mais je te vendrai quand même avant de partir !).

 

Chinoisement vous

Beijing Design Week

Capture d’écran 2014-10-17 à 01.30.14

Capture d’écran 2014-10-17 à 01.31.00

La dernière semaine de septembre se déroulait à Pékin la « Design Week », visant à présenter certains cabinets d’architecture, et proposer des galeries de design. Elle était cette année organisée cette année en coopération avec la ville de Barcelone, avec son lot de références, de lien et d’explications relatifs à la ville européenne.

La Beijing Design Week fut l’occasion d’accueillir dans le quartier de Dashilar différentes petites expositions, parsemées dans différents endroits des Hutongs du sud de Qianmen (quartier lui-même déjà au sud de Tian An Men). Je m’y suis rendue le samedi 27 septembre, par une magnifique journée au temps parfait : un ciel bleu sans nuage, pas de pollution, une température idéale.

Le quartier est en l’occurrence un endroit que j’apprécie beaucoup, car il me rappelle ma toute première venue en Chine. C’est en effet non loin de là que j’étais logée lors de mon premier voyage en Chine en 2008. Par ailleurs, l’ambiance y est typiquement pékinoise : une fois dépassée l’artère qui mène à Tian An Men et s’être enfoncé dans les hutongs, on pénètre dans une autre monde : plus calme, il y règne une atmosphère plutôt sereine, un peu comme à la campagne.

Capture d’écran 2014-10-17 à 01.29.58 Capture d’écran 2014-10-17 à 01.36.04

Capture d’écran 2014-10-17 à 01.34.30

J’ai donc passé ma journée à me balader avec Diana, fraichement débarquée depuis un mois pour faire un échange à Tsinghua (je l’appelle dans ce sens la « nouvelle moi »). Les balades dans les hutongs ont quelque chose d’apaisant : on croise des pékinois typiques, qui paressent ou jouent (cartes, dames chinoises). Les petits vendeurs de nourriture de rue ne manquent pas. On croise également des animaux de toute sorte : chiens, poule, lapin… Lors de cette journée, nous avons constaté avec Diana que tout le monde était aimable et souriant : nous avions l’impression de marcher dans un quartier de hippies, ce qui était plutôt apaisant par rapport aux foules habituelles de Pékin. En fait, les gens avaient surtout l’air heureux.

Capture d’écran 2014-10-17 à 01.35.51 Capture d’écran 2014-10-17 à 01.36.15Les enfants qui jouent et respirent le bonheur

 

En ce qui concerne l’exposition de Design en elle-même, nous n’avons pas trouvé tout de suite les expositions. Mais c’est peut-être ça qui donnait un caractère original à la journée : nous nous étions perdues dans les ruelles pour notre plus grand plaisir, au milieu d’une atmosphère feutrée. Lorsque nous avons pu trouver certaines galeries spécifiques, nous fûmes ravies de découvrir des choses assez intéressantes. Capture d’écran 2014-10-17 à 01.30.28 Capture d’écran 2014-10-17 à 01.30.41 Capture d’écran 2014-10-17 à 01.30.48 Capture d’écran 2014-10-17 à 01.31.09 Capture d’écran 2014-10-17 à 01.31.23 Capture d’écran 2014-10-17 à 01.31.30

J’ai fait quelques découvertes en matière architecturale chinoise, qui complètent le début de formation en la matière que mon stage m’a offert. J’ai par exemple appris pourquoi les logements chinois étaient souvent marqués par des barreaux aux fenêtres malgré un taux de criminalité bas : il s’agit d’une stratégie pour augmenter l’air de rien l’espace de vie, soit pour l’exploiter en pendant le linge, soit en espace de stockage, soit pour poser les cages à oiseaux…

Une autre petite galerie a attiré mon attention : elle réunissait des graines de Pékin et de Barcelone, en expliquant leur importance pour la vie qui se développait autour, et permettait aux visiteurs de prendre un tube de graine pour le planter chez lui. Intéressant concept n’est-ce pas ? Capture d’écran 2014-10-17 à 01.36.24 Capture d’écran 2014-10-17 à 01.36.33 Capture d’écran 2014-10-17 à 01.36.43

 

D’autres galeries nous ont révélé des maquettes de projets très détaillées, complétées par des cubes à taille humaine très conceptuels (voir photo pour mieux comprendre).

Capture d’écran 2014-10-17 à 01.33.28 Capture d’écran 2014-10-17 à 01.33.40 Capture d’écran 2014-10-17 à 01.33.51 Capture d’écran 2014-10-17 à 01.34.04 Capture d’écran 2014-10-17 à 01.34.14

Cette balade fut également l’occasion de découvrir des petites boutiques assez mignonnes, ainsi que des petits stands de rue ou des petits espaces aménagés pour les créateurs. Une créatrice a retenu mon attention par sa mise en scène très « lumineuse » :

Capture d’écran 2014-10-17 à 01.36.55 Capture d’écran 2014-10-17 à 01.37.08 Capture d’écran 2014-10-17 à 01.37.25

Je vous laisse pour finir avec des images non triées de la promenade, vous révélant le genre de petites boutiques ou galeries « non classées » que nous avons pu découvrir au cours de la journée.

Capture d’écran 2014-10-17 à 01.31.49

Capture d’écran 2014-10-17 à 01.32.00

Capture d’écran 2014-10-17 à 01.32.10

Capture d’écran 2014-10-17 à 01.32.24

Capture d’écran 2014-10-17 à 01.32.32

Capture d’écran 2014-10-17 à 01.32.43

Capture d’écran 2014-10-17 à 01.32.56

Capture d’écran 2014-10-17 à 01.33.07

Capture d’écran 2014-10-17 à 01.33.18

 

Capture d’écran 2014-10-17 à 01.34.42

 

Vous l’aurez compris, ce fut une journée fort appréciable, un peu hors du temps. Entre découvertes et balade au gré du vent sans réel plan, nous avons profité d’une atmosphère pékinoise bien agréable. Les lieux, mélangeant curiosités et réel plaisir des yeux ne nous ont pas laissé indifférentes.

 

Chinoisement Vous.

Bref, j’ai les cheveux roses

Voilà quelques temps que je n’avais pas rédigé un petit article sur le blog. Entre le travail, les sorties, la Beijing Design Week (qui mérite d’ailleurs bien un petit article), la venue de ma mère pour une semaine qui nous a amené à passer une semaine à Chengdu, je n’avais plus pris le temps d’écrire. J’ai donc trouvé un sujet un peu détendu pour rompre ce silence : les cheveux.

La Chine est je pense un endroit où quelques étrangers décident de franchir un certain type de caps capillaires (essayez de dire ça très vite). Lorsque je parle de « caps », j’entends des looks un peu hors du commun, qu’on afficherait difficilement ailleurs (entendez par là : surtout en France). Ce n’est pas la majorité des gens, mais beaucoup finissent par succomber : dreadlocks, cheveux courts type coupe garçonne, cheveux de couleur inhabituelle…

Il y a deux ans, alors en Chine, je m’étais lassée du regard persistant des passants sur moi. J’avais attribué ça à mon type de cheveux : très bouclé, et plutôt clair à l’époque. J’avais donc décidé de changer un peu cette situation en me rendant chez le coiffeur local afin de me faire une teinture brune. J’avais donc pointé la mèche brune sur le catalogue des couleurs, prête à me transformer. Sauf que la couleur devait certainement être un produit réservé aux cheveux asiatiques, bien noirs : sur moi, elle a fini orange. Littéralement (photos interdites). J’ai donc été traumatisée. Par chance, la couleur s’est transformée vers des teintes plus jolies : foncé à reflets rouge, châtain à reflet roux, pour finalement presque tourner au blond miel l’été venu (ce qui avec mes racines faisait un tye and die naturel, ce qui m’a valu des réactions positives à mon retour en France alors que pauvre de moi, je ne connaissais même pas cette mode).

Quoiqu’il en soit cette expérience avait été l’occasion de parler capillarité avec de nombreuses personnes, révélant au passage certains secrets cachés. « J’aimerai bien me teindre les cheveux en bleu et blanc »  « J’aimerai me les couper très court et les teindre en rouge », avais-je pu entendre. Oui oui, ce genre de rêve d’adolescente qu’on garde dans un coin de sa tête.

Moi, au fond de moi, j’ai toujours voulu être brune. Depuis peut-être le collège. J’ai d’ailleurs été brune l’an dernier et j’étais très satisfaite (« j’ai été », car la couleur finit toujours par dégorger). En revanche, une autre envie, beaucoup plus petite et de l’ordre du « délire du moment » était déjà venue dans ma tête : avoir des mèches roses. Compte tenu de la toxicité d’une telle couleur et de la nature fragile de mes cheveux, il était inconcevable de me faire des mèches sur toutes la longueur du cheveux.

Il s’avère que depuis mon retour en Chine je suis tombée sur des chinoises qui pratiquent le « dip dye hair » : colorer seulement la pointe. L’idée a un peu germé en moi : je fais, je fais pas ? Si j’en avais toujours eu un peu envie : autant le faire non ? D’autant plus que dès que ça ne me plairait plus, soit je referais une coloration brune par dessus, soit je couperai les pointes. Franchir le pas est d’autant plus facile que je suis en Chine : moins de personnes me jugeront, et si les gens me fixent ça ne fera rien puisqu’il le font déjà ! Qui plus est, je suis encore étudiante, et il est plus difficile d’assumer un tel style dans la vie active, donc autant en profiter…

Vous l’aurez compris : j’ai franchi le pas ! (YOLO !)

Jeudi, direction un salon coréen de 五道口(celui à côté de Tous les Jours Bakery), où photo à l’appui j’explique ce que je veux : du rose aux pointes, mais pas sur toute la longueur hein ! Le salon est orné de photographies polaroïd de colorations réalisées : en dehors des traditionnel bruns, blond, etc : on trouve de toutes les couleurs : du bleu, du vert, du violet, du rose, des variations arc-en-ciel. Je suis à la bonne adresse. (J’ai d’ailleurs vu des coiffeuses – chinoises- teintes en blonde cendrée, et je dois avouer que la coloration était parfaite). Le coiffeur me montre d’autres photos sur son portable d’autres coiffures qu’ils ont réalisé, et je donne mon accord définitif.

photo(2)Avant la coloration, avec ma partenaire de crime Marguerite

Vous l’aurez compris, mon souhait a été assouvi.

Bref, j’ai les cheveux roses.

cheveux rose

roseEt voilà le travail…

Chinoisement Vous

PS : Ici ça passe bien, j’ai le droit à de gentils commentaires. Même mon boss m’a dit que c’était cool (Let’s rock the Embassy !) Mais je me demande comment ça passera de retour en France… Enfin quoiqu’il arrive, j’ai suivi ma politique du « No regrets » et je suis contente de l’avoir fait au moins une fois dans ma vie.

Être une femme en Chine

Cela faisait quelques temps que je pensais à écrire un article sur ce sujet « Être une femme en Chine ». Je n’entends pas par-là être une femme chinoise. J’entends ici « être une femme, en Chine ». Être une femme en Chine est, sur certains points, différent d’être une femme en France.

10568974_10204492208605957_8379410257297254231_nUne femme, en Chine. Ok, en fait c’est moi 🙂

Depuis une semaine, il y a de nouveau un débat intensif sur le « féminisme », et les nombreuses raisons qui justifient l’existence de ce mouvement, ce qui me pousse à enfin écrire cet article. Par ailleurs, cela faisait quelques mois que je voyais fleurir sur la toile des articles sur le harcèlement de rue, et je pense que mon point de vue ici se placera dans la continuité de ceux-ci. Si certains internautes s’étonnent qu’on apporte autant d’importance au phénomène du harcèlement de rue, j’ai pour ma part été plutôt satisfaite qu’il soit ainsi publiquement dénoncé. J’ai en effet déjà été victime de ce type de « harcèlement » et je pense que, comme moi, de nombreuses françaises subissent ça à maintes reprises. Le type de harcèlement que j’ai rencontré est allé de la petite tentative de drague avec une phrase copiée-collée (vous savez, le genre qui vous fait bien rire) à la menace orale de me suivre si je ne répondais pas à mon interlocuteur, en passant par les propositions plus qu’étranges, et pire : l’homme qui se touche publiquement.

Tout cela n’est pas très réjouissant. Et ce qui aux yeux de certains hommes peut passer pour de simples accostes sympathique qui partent d’un bon sentiment (et devrait nous flatter, ah oui ?), est en fait aux yeux de celles qui le subissent un acte fatiguant et lassant. Sans compter que les petits sifflements et les regards qui balayent tout notre corps donnent vraiment l’impression d’être abaissée à la condition d’objet.

En France, plus précisément à Paris, j’effectue quotidiennement un parcours en transports en commun pour me rendre sur mon lieu d’études. Le point de départ, comme le point d’arrivée, ne sont pas des zones que l’on pourrait dire « sensibles ». J’effectue en revanche mon transfert à Châtelet-Les-Halles, qui n’est pas réputé pour être le lieu le plus sûr qui soit : il ne m’est néanmoins jamais rien arrivé. Ce que j’entends par là c’est que souvent les endroits où je me fais aborder n’ont rien de « dangereux » ou ne sont à priori pas propices à ce genre d’événements. Et pourtant, à n’importe quel endroit et n’importe quel moment je sais que quelqu’un peut me tomber dessus pour émettre son petit commentaire. Et c’est fatiguant et lassant, parce qu’on aspire juste à se déplacer tranquillement. (Attention, je ne suis pas pour la morosité ambiante dans les transports et le manque de courtoisie, mais ce n’est pas ce genre de comportement qui lutte contre l’atmosphère négative des transports : au contraire, il génère ou encourage un repli sur soi).

Femme à Pékin

Toute cette introduction pour vous dire : Ici, à Pékin (et l’idée peut être introduite aux autres endroits de Chine où je me suis rendue) : ce n’est pas le cas. Ma condition de femme (parce que c’est bien ce qui cause les accostes imprévues et souvent lourdingues à Paris) ne génère pas ce phénomène ici. Pour être honnête : oui, il m’arrive d’être dévisagée. Mais c’est parce que je suis une « Laowai » (老外), une étrangère avec un visage et des cheveux inhabituels ici. C’est parce que je suis une Laowai que des touristes -qui viennent de villes peu fréquentées par les occidentaux- sont surpris et amusés en me voyant. S’il m’arrive donc, en effet, de me faire fixer par des locaux : leur regard reste néanmoins toujours à hauteur de mon visage. En aucun cas ils ne me contempleraient de haut en bas pour « juger la marchandise ». Ils me fixent comme ils fixeraient d’autres étrangers, de sexe masculin. Cela n’a donc rien à voir avec ma condition de femme.

La question de la tenue

Cela m’amène à la question de la tenue. En France, il arriverait que certains justifient les cas de harcèlement (voire pire) par la tenue portée par la femme. Porter une jupe/robe trop courte, voire porter simplement une jupe (qu’elle soit courte ou pas), porter un décolleté, des vêtements moulants, etc deviennent des excuses et des justifications à ce harcèlement. Dans les gares parisiennes, il m’arrive de me sentir coupable d’avoir mis une jupe suite au regard immonde d’un passant qui m’a regardé de haut en bas puis émit une petite réflexion. Il m’arrive de m’en vouloir parce que oui, en effet, j’aurais peut-être dû mettre un collant plus opaque pour ne pas attirer l’attention sur mes jambes (et pourtant : je porte des tenues assez conventionnelles et pas vraiment aguicheuses). Il m’arrive de me dire que je devrais peut-être mettre ce rouge à lèvres foncé une fois arrivée à destination, pour prendre « moins de risques ». Inutile de continuer la liste.

En Chine : je peux porter n’importe quelle tenue, sans la crainte d’être jugée ou de ressentir une once de remord. De nombreuses chinoises ont souvent recours à la combinaison mini-jupe et hauts talons. Lors de soirées, elles n’hésitent pas à mettre le paquet sur le maquillage et les accessoires. Si tout est affaire de goût et qu’il se peut que ce style ne fasse pas l’unanimité, tel est leur droit, et elles en jouissent sans devenir les victimes de remarques misogynes. Elle s’habillent comme elle le veulent, et c’est bien normal. Tel est mon cas ici. Je n’ai jamais porté de tenues aussi courtes, et assumé d’avoir les jambes dénudées autant qu’ici. Je peux m’habiller comme je l’entends, personne ne s’amusera à me dévisager pour ça. Et c’est sacrément agréable. C’est une liberté.

Le sentiment de sécurité

Quelque soit sa tenue, quelque soit l’heure de la journée, quelque soit le type de transport : j’ai toujours un sentiment de sécurité à Pékin. Je n’ai pas peur de rentrer à pieds en robe à 2, 4 voire 6 heures du matin. Je n’ai pas cette petite crainte inconsciente que je ressens à Paris lorsque je rentre à pieds chez moi. Ce sentiment de sécurité, je ne l’ai jamais vraiment à Paris, tandis qu’ici il est permanent.

Et pourtant…

Et pourtant, il pourrait que cette impression de sécurité ne soit que naïveté. Peut-être vaudrait-il mieux que je fasse attention ? Il y a deux mois, j’ai déclaré à une soirée que j’allais rentrer à pied : après tout il faisait beau et chaud, mes 20 minutes de marche seraient agréables. Ce à quoi un ami américain a rétorqué « Tu ne fais pas ça, ces rues ne sont plus sûres ». Il avait en tête une idée bien précise : une fille de son entourage avait commencé à se faire agresser une nuit (le drame fut heureusement évité). Après m’être renseignée, il s’avère qu’il s’agissait d’un groupe d’étrangers en sortie de club. Il est vrai que j’ai déjà pu voir de mes propres yeux et avoir eu vent de comportements d’étrangers assez énervants (disputes, échanges de coups, humiliation d’un chinois éméché en pleine rue la nuit…). Cette poignée d’étrangers répandent une image négative et biaisée de la population expatriée aux yeux des chinois, alors qu’il ne s’agit que d’une minorité. Mais ce comportement du « je me crois tout permis en dehors de mon pays » a pu jouer pour influencer le sentiment d’insécurité. Il semblerait donc que le harcèlement ou les agressions sexuelles à Pékin ne soient que des phénomènes marginaux (sous-entendu : plus marginaux qu’en France).

Cet article n’est pas là pour émettre un jugement, mais seulement pour décrire la comparaison d’un phénomène. Je ne nie pas donner ici un des (nombreuses) raisons qui fait que la vie à Pékin me paraît souvent plus simple que celle à Paris, et ce malgré ses propres aléas. Je ne cherche pas à encenser la Chine. Ce pays doit également connaître ses propres problèmes relatifs à l’égalité des sexes, mais je ne pense pas pouvoir les juger dans leur ensemble. De mes yeux, j’ai pu remarqué que le communisme avait plutôt eu un apport positif en terme d’égalité des sexes. J’ai l’impression que les préjugés usuels sont moins présents.

Il serait néanmoins intéressant de comprendre les raisons qui font qu’aborder une femme dans la rue soit plus courant à Paris qu’à Pékin. Reste donc ce constat : dans les rues de Pékin, être une femme ne crée pas de différences.

Chinoisement Vous

Rue pékin